Abattre les murs du RER
Une fois de plus, les transports parisiens sont pris en otage par les syndicats maison de la RATP et de la SNCF. On pourrait appeler cela des grèves agenda, et la timide loi de régulation sur le service minimum ne suffit manifestement pas à garantir aux millions de passagers transiliens, la liberté de circulation dont ils ont besoin pour gagner leur croûte.
Mais enfin, s’il y a grève, c’est qu’il doit y avoir de bonnes raisons, tente t-on d’argumenter. Passons vite sur celles liées à la restructuration du fret SNCF lequel va à vau-l’eau et n’a été maintenu en vie que par de copieuses subventions du contribuable, le fameux grand emprunt étant probablement utilisé ensuite pour ce faire.
Ici il s’agit des lignes RER. Sur la ligne A, ce sont des problèmes d’effectif, de conditions de travail et de rémunération. Que je sache, nous n’en sommes plus au temps de la vapeur, et conduire un train n’est pas à tout prendre l’épreuve la pire qu’on puisse faire, loin de là.
Vous me direz que pour un syndicat en gestation, nous ne sommes pas très compatissants pour l’employé de service public. C’est qu’à regarder de près, il n’est pas tout à fait à plaindre, d’autant qu’il dispose de par un statut abusif, d’une garantie d’emploi, chose d’autant plus rare aujourd’hui, et que nous ne revendiquons certes pas dans les orientations que nous entendons prôner ici, ceci au nom d’une conception de l’égalité politique laquelle n’a rien à voir avec la narcose égalitariste.
On apprend incidemment qu’une augmentation de l’ordre de 200 € mensuels a été conclue en 2008 : 2400 € annuels de plus, c’est peut-être pas bézef, mais sur des rémunérations, qui doivent s’échelonner à plus du smic et à 2 fois ou un peu plus le smic ( je ne suis pas allé regarder, mais je ne vis pas dans les ministères, je connais le prix du pain…), c’est plutôt copieux, surtout en période de crise, quand d’autres perdent leurs emplois, galèrent, voient leurs revenus incertains stagner, baisser de façon abyssale, et tutti quanti de cette joyeuse époque…
Quant à la ligne B, "La grève a été déclenchée le jour de la mise en place de l’interopérabilité de la ligne B du RER. Les syndicats entendent dénoncer les conditions dans lesquelles la SNCF et la RATP ont conduit cette réforme attendue depuis des années par les voyageurs." nous apprend Le Figaro. Une superbe façon de l’inaugurer cette interopérabilité dont on se demande bien pourquoi il a fallu l’attendre si longtemps : produire cette amélioration, …un même conducteur sur les deux réseaux … doit sans doute relever d’une casuistique fort compliquée et d’arbitrages relevant de la haute technologie !
Un peu plus loin, on a les raisons : Les syndicats dénoncent mardi « le manque de moyens pour sa mise en place » et la « course à la productivité ». C’est vrai qu’il ne peut être question ici d’améliorer le service et d’en faire un peu plus aujourd’hui qu’hier, avec un peu plus de polyvalence et de rapidité. Horrible productivité qui rime avec l’affreuse rentabilité, mots honnis, ou alors pour faire passer ces intrus, faut des moyens, toujours plus, obtenus par la subvention des transports parisiens de la STIF, elle-même pompant dans le porte-monnaie du contribuable : donc en quelque sorte, même si tu l’utilises pas, le gourbis démocratique du réseau, tu raques.
Pour ces surbookés de la conduite RER qui ont dû, à 600, apprendre les procédures des deux opérateurs, sans doute dans des stages sur le temps de travail, et non le WE comme tant d’autres qui s’accrochent pour tenter de s’en sortir, sans doute pas bien différentes, les procédures, pour ces exploités du rail moderne, (lesquels méritent donc bien leurs retraites avant soixante ans, et les petits avantages familiaux genre transports gratuits… comme d’autres ont le gaz ou l’électricité), il faut une prime pour ce mieux faire de si loin attendu. Les pauvres disent aussi ne pas avoir le temps "d’assurer au terminus le retournement des trains" et que leurs pauses sont réduites de moitié (Elles étaient de combien avant ?). Faudrait voir dans le détail, consultants et caméras cachées à l’appui, sûr que ça court en tous sens, dans l’essoufflement proche de la crise cardiaque, un vrai taf de mineur !
Il doit y avoir moyen d’ajuster cette réforme technique, de la meilleure des façons, et nul doute que les réserves de productivité nécessaires mises en jeu ne relèveront pas du harcèlement au travail.
Mais cette grève agenda, d’hiver, qui en rappelle une autre l’an passé, relevant de la prise d’otage, là encore (que l’on songe qu’un conducteur prenant son service à Saint-Lazare, et habitant Mantes, se voit compter dans son temps de travail, le temps de trajet pour se rendre à Saint Lazare, soit une heure, où sans doute, il pianote fébrile son portable pour rechercher les gains de productivité nécessaire pour parfaire son service. C’est bien naturel de rétribuer une telle dépense, ingrats va !) cette grève est abusive, et d’autant mal venue, que tant de gens peinent et se coltinent bien d’autres difficultés, que celles d’être augmentés, sans rien donner vraiment en échange.
Notre conception du syndicalisme ici, ne procéde de cet abus. S’il faut soutenir et défendre des mandants, ce ne peut être en ce canevas-là, qui sent bon la sempiternelle lutte des classes et lasse et emmure si dangereusement notre avenir commun.
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